Vous les manipulez, vous les capturez... Mais connaissez-vous le nom, l'origine et les particularités de la représentation traditionnelle des 12 figures de nos jeux de cartes ?
La tradition remonte au XVe siècle, plusieurs des personnages pourraient représenter des célébrités de l'époque.
Au début, le 10 était une figure appelée "écuyer". Bien évidemment sous la Révolution, ces figures royales ou bibliques ont temporairement laissé la place à des vertus et autres symboles.
On note que 3 sur 12 sont de profil, et que 7 sur 12 regardent vers leur gauche ; celui qui rompt l'équilibre est César, car les trois figures à Carreau regardent à gauche, dans les autres couleurs la répartition est 2-1.
Dans le modèle anglo-américain, il y aurait plusieurs permutations de personnages, mais le nom n'est pas indiqué.
C'est le roi biblique et poète DAVID auteur des Psaumes (vers 1040-970 av JC). En plus de son sceptre, il tient une petite harpe, c'est le saint patron des poètes. |
CHARLES brandit fièrement son épée. Il serait nommé ainsi en référence à Charlemagne (742-814), ou peut-être à Charles VII (1403-1461) le roi de l'époque |
CESAR, prénommé Jules (100-44 av JC). Il attend les ides de mars sans se méfier, les mains dans les poches. Il nous montre son profil droit, qui n'a rien à voir avec celui qu'on trouve dans Astérix. |
ALEXANDRE le Grand (356-323 av JC), roi de Macédoine et grand conquérant mort à seulement 32 ans, majestueux avec son sceptre et son bouclier. |
PALLAS est le surnom de la déesse de la guerre et de la sagesse (curieux rapprochement !) Athéna. C'est l'une des trois figures de profil, avec Hector et César. |
JUDITH, héroïne biblique ; elle enivra, à tous points de vue, puis décapita le général Holopherne envoyé par Nabuchodonosor. |
A moins que ce soit Ragnelle, épouse de Gauvin dans les romans de la Table Ronde. |
ARGINE, fille d'un roi d'Argos, ou bien surnom de la femme de Charles VII, et anagramme de Regina. La seule reine qui n'a pas eu droit à une fleur. |
OGIER ou Hogier le Danois, ami puis adversaire, à moins que ce ne soit l'inverse, de Charlemagne |
LAHIRE, surnom (ire = colère) d'un compagnon de Jeanne d'Arc, Etienne de Vignolles 1390-1443 |
Pour certains, ce serait plutôt Hector de Galard, 1415-1475, un officier de Charles VII puis Louis XI |
LANCELOT, le célèbre chevalier de la Table Ronde, éperdument amoureux de la reine Guenièvre. Il tient un "bluteau" sorte de tamis. Autrefois le cartier y mettait sa marque. |
On considère en général qu'il faut une bonne trentaine de points (33) pour faire un petit chelem, encore plus (37) pour le grand, en comptant la distribution bien sûr. Ici nous allons voir le minimum, avec quelques donnes farfelues.
La main du duc de Cumberland
Une donne trafiquée historique, jouée au whist dans les années 1800, mais au bridge ce serait pareil.
Le duc placé en Ouest accepta le pari, a priori raisonnable, qu'il ferait au moins une levée contre le contrat de 7T joué par Sud... avec ses 30 points dont RV97 d'atout ! Les 4 jeux :
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♠ − |
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| ♠ A R D ♥ A R D V ♦ A R ♣ R V 9 7 |
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♠ V 10 9 8 7 6 ♥ 10 9 8 7 6 ♦ D V ♣ − |
| ♠ 5 4 3 2 ♥ 5 4 3 2 ♦ − ♣ 6 5 4 3 2 |
Il entama petit atout, couvert en N de la carte juste au-dessus, puis deux fois de suite carreau coupé, atout, pour finir en N et prendre le dernier atout puis jouer les carreaux affranchis. (extrait de Bridge's strangest hands, par Andrew Ward, éditions Robson Books)
Etrange entame avec une couleur aussi percée. En entamant C ou P, le duc aurait fait au moins un atout en raccourcissant N, et en fait l'analyse donne que EW pouvaient alors faire 6 levées car le plan de jeu miraculeux de NS échoue, il sont raccourcis à l'atout..
Et si le duc défend (!) à 7C ou 7P, il chutera sur entame carreau pour une coupe. Il faudrait que ce soit Est qui joue 7C ou 7P.
La donne est impressionnante avec les 34 points en défense. Ian Fleming a utilisé en 1955 une donne très voisine dans "Moonraker", où James Bond gagne un 7Txx contre son ennemi Drax (qui aurait pu défendre dans une majeure... Fleming aurait dû transposer cette donne en faisant jouer 7P en Sud). Mais on peut faire mieux :
Un grand chelem avec 5 points d'honneur, et contre toute défense.
| ♠ A V 10 9 8 7 ♥ − ♦ 8 7 6 5 4 3 2 ♣ − |
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| ♠ R ♥ A R D ♦ A R D ♣ A R D V 10 9 |
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♠ D ♥ V 10 ♦ V 10 9 ♣ 8 7 6 5 4 3 2 |
| ♠ 6 5 4 3 2 ♥ 9 8 7 6 5 4 3 2 ♦ − ♣ − |
Cette fois, le contrat est à 7P en S, W a 31 points d'honneur, dont un roi d'atout qui ne vaut pas grand chose... Et le grand chelem gagne cette fois contre toute défense, avec dès que possible un tour d'atout, et des doubles coupes pour affranchir K et C.
N'oubliez donc pas d'annoncer 7 piques dès que vous aurez la main de Sud, cela plaira à votre partenaire...
Et pour un petit chelem ?
Il suffirait cette fois de trois points d'honneur, dame et valet d'atout, en permutant la dame et l'as d'atout dans la donne précédente. As et Roi d'atout adverses tombent ensemble, et vous faites votre double coupe.
C'est assez théorique car alors EW ont 7SA...
Et avec zéro points d'honneur ?
On ne peut plus faire grand chose, car il n'y a plus alors que 9 atouts dans notre ligne. Dans le cas favorable où les atouts adverses sont répartis 2-2, sur entame et continuation atout, il ne nous en restera plus que 5 (si on était fitté), 6, ou 7.
En fait on peut faire 9 levées, en affranchissant une couleur secondaire. C'est très théorique car les adversaires ont 7SA.
Il vous est peut-être arrivé de demander un petit chelem avec A et R manquants dans la même couleur : souvent deux levées perdues à l'entame. C'est pour éviter cela qu'on a inventé les "contrôles" : un contrôle premier tour dans une couleur c'est As ou Roi ou chicane ou singleton
Il vous est peut-être arrivé aussi de demander un petit chelem avec deux as dehors, et sans avoir une chicane... C'est pour cela qu'on a inventé l'appel aux As à 4SA, pour lequel il existe (au moins) deux types de réponse habituels, améliorés avec l'appel aux 5 clés, le Roi d'atout venant rejoindre les As. : 30-41 (5T avec 3 ou 0 clés, 5K avec 4 ou 1) et 41-30 où l'on inverse les deux réponses pour des raisons de subtiles préférences, l'essentiel étant que le partenaire comprenne !
Dans l'un ou l'autre cas, en regardant son jeu, il est très rare de se tromper de trois clés chez le partenaire.
Si cela vous est arrivé, rassurez-vous... Lors d'une compétition internationale en 1971, le champion français Roger Trézel a demandé et chuté le contrat de 7C, bien sûr contrés : les quatre as manquaient ! A l'époque Trézel et son partenaire Stoppa jouaient un appel aux as avec réponse "40-1-2-3"
Trézel avait 6 trèfles et 5 coeurs, deux solides couleurs par RDV, et des singletons carreau et pique.
Les enchères :
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Trézel |
Stoppa |
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1T |
1K 3C 5T |
Sur le 5T annonçant 0 ou 4 as, Trézel pensa curieusement que Stoppa avait au moins un ou deux as pour avoir jumpé à 3C, donc qu'il avait les 4 as. Il ne chuta "que" de trois car son partenaire avait une chicane à T, 4 atouts par le 10, mais seulement 5 points d'honneur... et pas d'as !
Traduit et adapté de Bridge's strangest hands, par Andrew Ward, éditions Robson Books
C'est rare, mais c'est arrivé en 1929 à Kansas City, lors d'une partie libre entre deux couples amis.
Monsieur jouait un contrat de 4 piques contrés, difficile mais faisable.
Il le joua très mal et le chuta.
Il accusa aussitôt Madame d'avoir trop poussé les enchères. Elle le traita de nul.
Le ton continua à monter, Monsieur replia violemment la table de jeu, et gifla Madame.
Puis il annonça qu'il quitterait la ville dès le lendemain après une nuit à l'hôtel, et monta dans sa chambre pour préparer sa valise.
Madame le rejoignit et tira deux coups de pistolet (vive l'Amérique et le deuxième amendement...) mais le manqua.
Monsieur tenta de se sauver par une autre porte, mais là elle réussit à le toucher, et à l'étendre raide mort.
Au procès, Madame pleura beaucoup, son avocat plaida l'accident. Elle fut acquittée, put donc toucher l'assurance-décès contractée par son mari.
Plus tard, un juré affirma que "ce n'était qu'une femme, elle n'avait pas l'habitude des armes. Nous avons pensé que si elle avait voulu vraiment l'atteindre, elle l'aurait manqué". On croit rêver. Ah, le mythe de la faible femme...
Moralité :
(1) respectez toujours les règles d'éthique à la table,
(2) attention particulièrement aux tournois mixtes, ne laissez pas traîner une arme à feu.
Traduit et adapté de Bridge's strangest hands, d'Andrew Ward, Robson Books
Un problème difficile mais amusant, surtout la seconde partie (trouvé sur le site d'un autre comité)
A sans-atout, Sud est en main et doit faire le reste des 7 levées. On en voit bien 3 à ♠ en prenant soin de débloquer le 7, 1 à ♥, 2 à ♣. Et l'autre ?
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♠ 7 |
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| ♠ 4 ♥ D ♦ D V ♣ D V 10 |
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♠ 6 2 ♥ V 4 ♦ 10 ♣ 9 8 |
| ♠ V 5 3 ♥ R 9 ♦ − ♣ R 2 |
Comment faire toutes les levées ? Solution
Ce problème de bridge a une solution, mais il est néanmoins impossible ! Pourquoi ? Solution
C'est le roi biblique et poète DAVID auteur des Psaumes (vers 1040-970 av JC). En plus de son sceptre, il tient une petite harpe, c'est le saint patron des poètes.
CHARLES brandit fièrement son épée. Il serait nommé ainsi en référence à Charlemagne (742-814), ou peut-être à Charles VII (1403-1461) le roi de l'époque
CESAR, prénommé Jules (100-44 av JC). Il attend les ides de mars sans se méfier, les mains dans les poches. Il nous montre son profil droit, qui n'a rien à voir avec celui qu'on trouve dans Astérix.
ALEXANDRE le Grand (356-323 av JC), roi de Macédoine et grand conquérant mort à seulement 32 ans, majestueux avec son sceptre et son bouclier.
PALLAS est le surnom de la déesse de la guerre et de la sagesse (curieux rapprochement !) Athéna. C'est l'une des trois figures de profil, avec Hector et César.
JUDITH, héroïne biblique ; elle enivra, à tous points de vue, puis décapita le général Holopherne envoyé par Nabuchodonosor.
RACHEL, personnage biblique, n'était pas vraiment reine, mais cousine et seconde épouse de Jacob, mère de Joseph après pas mal de péripéties.
ARGINE, fille d'un roi d'Argos, ou bien surnom de la femme de Charles VII, et anagramme de Regina. La seule reine qui n'a pas eu droit à une fleur.
OGIER ou Hogier le Danois, ami puis adversaire, à moins que ce ne soit l'inverse, de Charlemagne
LAHIRE, surnom (ire = colère) d'un compagnon de Jeanne d'Arc, Etienne de Vignolles 1390-1443
HECTOR, héros de la guerre de Troie, vu de profil droit comme le roi de carreau. Ce fils de roi a été rabaissé au rang de valet. Peut-être avait-il fait une renonce ?
LANCELOT, le célèbre chevalier de la Table Ronde, éperdument amoureux de la reine Guenièvre. Il tient un "bluteau" sorte de tamis. Autrefois le cartier y mettait sa marque.